Réflexion philosophique



Oui...nos yeux nous trompent !


Nous le savons depuis bien longtemps.
Ils nous trompent sur l'étendue de notre vision qui se limite à une étroite bande du spectre des radiations électromagnétiques. Ils voient des "couleurs" là ou il n'y en a pas (ce ne sont que des fréquences) sont incapables de discerner de faibles différences colorimétriques, sont sujets à l'illusion, à la persistance rétinienne, à diverses affections ou anomalies (comme le daltonisme ) qui peuvent réduire encore leur efficacité (déjà limitée), sont même incapables de distinguer les couleurs par faible luminosité, ont un champ de netteté en réalité assez étroit, etc...
Bref leurs limitations physiques et leur propension à être trompés les rendent peu crédibles et donc peu fiables ! On peut donc logiquement affirmer que l'image vue n'est absolument pas la Réalité avec un grand R mais simplement une vague interprétation très subjective de celle-ci. En conséquence logique elle est donc fausse !

 

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Mais prenons pour postulat que notre vision est juste et donc que l'image vue est "vraie".
Que se passe-t-il au niveau de la photographie ?


L'image photographique est plane, ce qui constitue la première grande différence et réduction de la "réalité" visuelle. De plus cette image est dès le déclenchement sujette à diverses autres "altérations" : celles dues aux matériels utilisés et celles imputables aux choix du photographe.

Au niveau matériel l’émulsion (ou le capteur numérique) ainsi que l'objectif introduisent immanquablement certains défauts que l'on peut déjà assimiler à des "interprétations involontaires" :

  • grains de l'émulsion ou "bruits numériques" (dû à l'amplification du signal, à la chauffe du capteur, etc.),
  • flou introduit par le filtre anti-moiré (dit filtre passe-bas) recouvrant le capteur,
  • la physique même de la lumière (interférences lumineuses),
  • défauts liés à l'électronique et/ou aux logiciels embarqués (rendu plus ou moins tronqué par un dé-matriçage et un codage limité à 8, 12, 14 ou 16 bits),
  • défauts généraux des optiques,
  • etc.

 

 

Au niveau du photographe le choix de la focale, de l'angle de prise de vue, de la profondeur de champ, de la zone de mise au point, de sa volonté à donner une impression de mouvement (flou de bougé), du cadrage constituent déjà une interprétation de la "réalité"..., un point de vue personnel, subjectif et délibéré avant même le déclenchement. Que dire alors des simples choix "esthétiques" dans le rendu des images qu'il impose au boitier au travers de ses réglages (sans parler des réelles "manipulations" de l'image qui interviendront ultérieurement et cette fois de façon consciente et assumée sous l'agrandisseur ou sur ordinateur) ?

 

On voit donc bien que, dès l'obtention de l'image photographique (voire même bien avant), on est très loin de l'objectivité que l'on veut bien lui accorder. La photographie n'est finalement qu'une illusion d'une réalité.

 

En poursuivant simplement ce raisonnement une question se pose : " Pourquoi s'arrêter alors en chemin ? "
Si l'on accepte de reconnaître que l'image est déjà "faussée" à l'origine alors pourquoi ne pas œuvrer en connaissance de cause et en profiter pour transformer ce manque de véracité en créativité ?

 

A lire et/ou écouter :